Évangile de Jésus Christ selon Saint Luc

Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il alla sur la montagne pour prier. Pendant qu'il priait, son visage apparut tout autre, ses vêtements devinrent d'une blancheur éclatante. Et deux hommes s'entretenaient avec lui : c'étaient Moïse et Elie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait se réaliser à Jérusalem. Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais en se réveillant, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s'en allaient, quand Pierre dit à Jésus : " Il est heureux que nous soyons ici ; dressons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Elie. " Il ne savait pas ce qu'il disait. Pierre n'avait pas fini de parler, qu'une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu'ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre : " Celui-ci est mon Fils, celui que j'ai choisi, écoutez-le. " Quand la voix eut retenti, on ne vit plus que Jésus seul. Les disciples gardèrent le silence et, de ce qu'ils avaient vu, ils ne dirent rien à personne à ce moment-là.

Commentaire

Un pilier de voûte central.

Deuxième " balise " sur notre route vers Pâques : le récit de la Transfiguration. En ce temps de Carême où l'Eglise nous invite à nous préparer à célébrer la Passion et la Résurrection de Jésus, à mi-chemin, voici le récit de la glorification sur la montagne. Sur la route qui conduit Jésus et ses disciples jusqu'à Jérusalem, où se dérouleront la Passion et la Résurrection du maître, se produit cette vision : Jésus apparaît auréolé de la lumière divine. Au cœur de l'Evangile, ce récit fait figure de pilier de voûte central, entre les deux événements qui marquent le début et la fin de l'activité publique de Jésus. Tout commence à son baptême. Ce jour-là, le ciel s'ouvre et une voix venue des cieux lui déclare : « Tu es mon Fils bien-aimé ». De même, sous la croix, le centurion s'exclame, comme un aveu au nom des peuples : « Vraiment, celui-ci était fils de Dieu ».

Des précisions.

« Jésus…monta sur la montagne pour prier ». On ne sait pas de quelle montagne il s'agit. C'est Cyrille de Jérusalem qui, au IVe siècle, identifia la montagne de la Transfiguration avec le Thabor, la montagne qui se dresse, majestueuse, au milieu de la plaine de Galilée. En fait, on n'en sait rien. Disons, tout simplement, que la « montagne » est le lieu privilégié de la rencontre entre Dieu et les hommes. Ce n'est donc pas pour rien que Jésus va ce jour-là dans la « montagne pour prier ».

La gloire.

Quand Pierre, Jacques et Jean se réveillent, alors qu'ils étaient « écrasés de sommeil », ils voient « la gloire de Jésus » et les deux hommes qui se tenaient avec lui. Le mot « gloire » est une appellation spécifique du langage biblique. Il dit d'une manière symbolique la présence rayonnante de Dieu et sa grandeur

La nuée.

« Survint une nuée qui les recouvrait ». La nuée, encore une manifestation de Dieu, propre à la Bible. Au livre des Nombres, c'est la nuée, signe de la présence divine, qui ordonne les départs et les arrêts au cours de la longue marche dans le désert. C'est cette même nuée qui, au jour de la Transfiguration, recouvre les disciples. Désormais, ils sont placés dans l'univers de la divinité. Pierre, auparavant, « ne savait pas ce qu'il disait. » Désormais, il va pouvoir comprendre ce qui lui arrive. Et surtout, il va pouvoir progresser dans l'intelligence du mystère de Jésus, admettre qu'il lui faut passer par la souffrance et la mort pour parvenir à la vie.

J'évoque tous ces visages d'hommes, de femmes, d'enfants, transfigurés par un simple mot d'amour ; et tous ces visages défigurés par la souffrance ou la haine. Ainsi va l'humanité ! Il se peut qu'un jour, vous et moi, nous soyons ainsi défigurés par la souffrance. Sachons simplement que ce n'est que passager, et que, par-delà les misères de notre existence terrestre, il y a l'éternité ressuscitée, dans « la gloire », sur « la sainte montagne ». Nos visages transfigurés par l'amour. Car Jésus « transformera nos pauvres corps à l'image de son corps glorieux. »