Évangile de Jésus Christ selon Saint Luc

Jésus s'était rendu au mont des Oliviers ; de bon matin, il retourna au temple de Jérusalem. Comme tout le peuple venait à lui, il s'assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu'on avait surprise en train de commettre l'adultère. Ils la font avancer, et disent à Jésus : " Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu ? " Ils parlaient ainsi pour le mettre à l'épreuve, afin de pouvoir l'accuser. Mais Jésus s'était baissé et, du doigt, il dessinait sur le sol. Comme on persistait à l'interroger, il se redressa et leur dit : " Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre. " Et il se baissa de nouveau pour dessiner sur le sol. Quant à eux, sur cette réponse, ils s'en allaient l'un après l'autre, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme en face de lui. Il se redressa et lui demanda : " Femme, où sont-ils donc ? Alors, personne ne t'a condamnée ? " Elle répondit : " Personne, Seigneur. " Et Jésus lui dit : " Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. "

Commentaire

La violence des hypocrites.

Quelle trouble jouissance devaient éprouver ces hommes vertueux en guettant le moment où l'homme et la femme se joignaient passionnément. Ces voyeurs se muaient en justiciers, excités par la femme à moitié dénudée, cheveux épars. Cette femme, c'est la Femme sur laquelle des hommes hypocrites s'acharnent. Ils lui en veulent de la convoitise qu'elle déclenche en eux, de cette domination par le désir. Leur position d'hommes vertueux cache mal leur propre dépravation. Cette femme est le bouc émissaire qu'ils vont pouvoir charger de leur propre péché secret. Mais aussi, c'est l'occasion rêvée pour piéger Jésus. S'il s'oppose à la mort par lapidation, il n'observe pas la Loi de Moïse. S'il l'accepte, il se coupe de ce peuple qui est venu au Temple pour l'écouter.

Les masques tombent.

Jésus laisse s'installer le silence. Baissé, il trace du doigt des traits sur le sol.  Temps nécessaire pour que chacun ait le temps de mesurer ce qu'il est en train de faire, temps de l'attente d'une parole. Peut-être aussi, temps nécessaire pour Jésus qui doit trouver la manière de faire la vérité. Belle leçon pour nous qui nous dépêchons trop de répondre trop vite à ceux qui nous attaquent ou mettent l'Église en procès. Et puisque les accusateurs insistent, Jésus dit la parole qui fait tomber les masques : " Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre. " Il laisse tomber cette parole dans un espace de silence, baissé à  nouveau et dessinant des traits sur le sol. Il ne cherche pas à les regarder, à les influencer. Il les laisse face à leur conscience. Moment terrible où il va falloir ne plus se cacher sous une apparence respectable, où va apparaître leur solidarité avec cette femme adultère. Car eux aussi ont commis l'adultère, ou pire l'ont vécu en pensée sans avoir le courage d'aller plus loin.  Ils s'en vont, en commençant par les plus âgés. Les mains ont lâché la femme, laissé tomber la pierre meurtrière. Ils s'en vont et certains peut-être vont rejoindre la foule qu'enseigne Jésus.

Condamner ou sauver ?

La femme regarde ce prophète étonnant. Elle lit dans ses yeux respect et bienveillance. Elle sait bien qu'elle est pécheresse. Que va-t-il lui dire ? Ses accusateurs sont partis sans la condamner. Jésus ne la condamne pas, non parce qu'il est lui-même pécheur, mais parce qu'il est témoin de l'amour miséricordieux du Père. Et cet amour miséricordieux va plus loin que le pardon, il veut sauver, il veut libérer : " Va et désormais ne pèche plus. " Cette femme qui trompait sa soif d'amour est guidée vers la source de l'amour et de la vraie vie. Elle pourra y retrouver sa dignité et le respect d'elle-même. Cette scène évangélique vaut la peine d'être méditée et contemplée longuement pour nous permettre à nous aussi de laisser tomber le masque, pour nous reconnaître solidaires de ceux qui ont besoin d'être sauvés et guidés vers la source