"Vivre le deuil aujourd'hui" par Denis Landry

Invité par la pastorale du deuil de l’agglomération paloise, Denis Landry, était au centre paroissial de Bizanos, le lundi 16 septembre 2013, pour y donner une conférence sur le thème : Vivre le deuil « aujourd’hui ».

Denis Landry, psychologue, a animé des groupes de personnes en deuil pendant 8 ans, en tant que bénévole à l’association « ECOUTE DEUIL » de Grenoble. Il a aussi assuré une journée de formation pour les membres des équipes de la pastorale du deuil de l'agglomération paloise, le lendemain à Ste Bernadette, ainsi que pour  les membres de l’association « PRESENCE » de Pau (ass. non confessionnelle) qui accompagne les personnes en deuil et en fin de vie.

Résumé :

Denis Landry : « ... On m’a proposé le thème : Vivre le deuil « aujourd’hui », avec aujourd’hui entre guillemets… Que dire de ce mot « aujourd’hui » ? Je ne ferai pas une conférence sur l’histoire du deuil à travers les époques, mais je parlerai du ressenti de la transformation de la personne en deuil. C’est une question qui nous concerne tous. De plus, le deuil se vit au jour le jour : je dois le vivre aujourd’hui, et en même temps il faut du temps, et je dois compter sur le temps...

. Ne pas idéaliser le passé : il y avait autrefois beaucoup d’entraide entre voisins ou en famille, mais il n’y avait pas d’écoute en général, malgré le besoin de parler. De plus, il ne fallait pas montrer d’état d’âme pour ne pas paraître faible.

Maintenant, il y a plus de place à la parole, plus d‘écoute, de partage, mais l’entraide est moins évidente : on ne se connaît pas toujours entre voisins, et la notion d’intimité s’est développée « chacun a ses problèmes », d’où certaines personnes cherchent des associations pour parler, car la douleur isole. Les personnes de ces associations viennent parfois compenser la famille. Il y a aussi un besoin d’entendre d’autres personnes en deuil pour se dire « dans ma réaction, je ne suis pas anormale ». Alors, au bout d’un mois, ou plus, une confiance s’est installée, car il n’y a pas de conseils, mais un partage d’expériences. C’est la richesse de ces petites communautés.

Il est difficile de parler du mort en famille car il y a « plusieurs » morts : pour l’un(e) c’est la femme (le mari), pour d’autres c’est la mère, le père, la tante, l’oncle, un enfant, un collègue… Chaque membre de la famille ne le vit donc pas de la même façon. Il y a aussi la peur de pleurer ensemble, et pourtant, que c’est bon de pleurer ensemble !...

. Le deuil n’est pas une maladie, il n’est pas nécessaire de voir un médecin, mais si on en a besoin, il ne faut pas avoir peur de voir un médecin ou un psychologue. Ce n’est pas une maladie car c’est lié à la personne humaine : on va perdre toutes les personnes (je ne parle pas ici de la question de foi) On est condamné à vivre sans l’autre.

Chaque vie est unique, chaque deuil est unique, il n’y a donc pas de mode d’emploi pour traverser cette épreuve. Il n’y a pas de bonne manière de la vivre. Ne pas mettre de hiérarchie dans la douleur. Tout dépend, pas du statut de la personne, mais de la relation qu’on avait avec elle.

Pourquoi vivons-nous des deuils ? Parce que nous nous attachons, et parce que la perte est irréversible. « Il faut aimer en pure perte » (…) « Vouloir garder, c’est déjà perdre… » (…). C’est comme si la vie nous disait NON, et on répond NON.

Le deuil n’est pas une maladie, c’est même un réflexe de santé : faire le deuil, c’est essayer de continuer à vivre malgré la mort de l’autre. Soit on reste dans la mort de l’autre pour ne pas perdre l’autre, soit on opte pour la vie malgré la mort de l’autre. Bossuet : « Il n’y a de sépulture que dans le cœur des vivants »...

. Opter pour la vie

Le défi est d’abord de survivre, de s’accrocher à la vie, de lui garder une confiance indéfectible, d’essayer de faire comme on peut. L’objectif du deuil est que la vie reprenne sa place, de continuer à vivre : survivre n’en est qu’une étape...

Il faut être indulgent car il faut que les gens soient prêts : « On ne peut faire pousser une fleur plus vite en tirant dessus, au contraire, on va l’arracher »… On voudrait que le monde tourne plus vite car on a l’impression qu’il tourne sans nous.

Parfois il y a le désespoir, attention de ne pas s’y enliser et au contraire, de toujours laisser une petite place à la vie qui grignote en nous « Quand nous ne savons plus faire un seul pas, la vie, elle le sait… »...

. Faire le deuil, ce n’est pas oublier, oublier est insupportable. Le deuil est un travail de mémoire, de souvenir. Le plus dur du deuil est de ne plus dire son nom (c’est une mort sociale) En parler beaucoup peut être aussi dur pour l’entourage...

. Les mécanismes du deuil... »

Dans le texte complet, de nombreux exemples
et des questions avec leurs réponses

L'un des exemples :

Christian Bodin est dans un parc avec sa petite fille Clémence, après la mort de sa femme. Il y a une cabine téléphonique… Clémence dit : « Et si on appelait maman ! ». Clémence discute dans la cabine et dit : « Maman nous dit de ne pas s’inquiéter ».

Nous avons peut-être moins à leur parler qu’à les entendre nous dire : « Vivez… et surtout ne perdez pas le rire… »

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