Dimanche 22 octobre : 29ème dimanche du Temps Ordinaire

Évangile de Jésus Christ selon Saint Matthieu (16, 13-20)

Les pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus en le faisant parler. Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d'Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens. Donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l'impôt à l'empereur ?» Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposte : « Hypocrites ! Pourquoi voulez-vous me mettre dans l'embarras ? Montrez-moi la monnaie de l’impôt » Ils lui présentèrent une pièce d'argent. Il leur dit : « Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles ? - De l'empereur César », répondirent-ils. Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Commentaire

Un homme libre

« Tu es toujours vrai. Tu enseignes le vrai chemin de Dieu. Tu ne te laisses influencer par personne. Tu ne fais pas de différence entre les gens. » Ce sont les adversaires de Jésus, ennemis entre eux, mais pour une fois ligués contre lui, pharisiens défenseurs de l’indépendance nationale et hérodiens, plus ou moins collaborateurs de l’occupant romain, qui dessinent un magnifique portrait du Christ : c’est un homme vrai, dont l’enseignement est vrai, un homme libre et ouvert à tous. Une fois de plus, la tentation se présente sous le masque du bien. Nous avons à être attentifs car nous pouvons nous y laisser prendre, aussi bien en politique que dans les rapports professionnels ou dans tous nos projets humains.

Avec Jésus, par contre, les piégeurs vont être piégés. Ils se servent de la monnaie de l’occupant, ils acceptent donc son administration, par conséquent… Jésus les renvoie à eux-mêmes et à leur propre problème : la pièce de monnaie à l’effigie de César est sortie de leur poche. Mais nous ? Nous qui lisons aujourd’hui cette parole de Jésus, nous n’allons pas nous contenter d’admirer son habileté à retourner la situation. Il faut nous demander ce qu’il a bien voulu nous dire par son « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ? Y aurait-il dans notre vie une part réservée aux affaires, à la politique, au travail, et une autre réservée à Dieu ? Faut-il ainsi séparer les domaines, avec un temps pour l’homme (toute la semaine) et un temps pour Dieu (la messe du dimanche) ? Dieu et César, deux pouvoirs, et à chacun son dû ?

Pour aller vers Dieu… quel chemin emprunter ?

Ce serait une grosse erreur. Nous le savons bien, notre relation à Dieu ne se vit vraiment qu’à travers toutes nos relations humaines. Ce que nous faisons pour (ou contre) chacun des plus petits de nos frères, c’est à Dieu que nous le faisons.

Le vrai chemin de Dieu passe par l’homme. C’est dans la mesure où il est vrai, vraiment humain, que tout rapport entre les individus, comme entre les groupes ou entre les sociétés, est chemin de Dieu. Jésus renvoie ses contradicteurs à la vérité de leur rapport à César. En rendant à César ce qui est à César, on rend à Dieu ce qui est à Dieu. Même sans le savoir.

Plus profondément

Il y a quelque chose de plus profond encore dans la réponse de Jésus. Et cela concerne l’espace « divin » de notre liberté. Tout pouvoir humain a tendance à se transformer en pouvoir absolu. Pas besoin d’être grand politologue pour le constater. Notre époque a connu, non seulement des dictatures, mais des démocraties « populaires » qui n’avaient, hélas, rien de démocratique. Et même dans nos démocraties « occidentales », que de magouilles, de coups tordus, de violences et de combines dans la conquête du pouvoir ! Regardons, de même, et à une autre échelle, comment tous les pouvoirs (économiques, sociaux, religieux ou familiaux) ont sans cesse la tentation de devenir des pouvoirs absolus. A l’image des Césars du temps de Jésus, qui se faisaient adorer comme des dieux. L’effigie de la pièce de monnaie qu’on présente à Jésus l’indique : sur une face, autour de la tête couronnée de lauriers, une inscription : « Effigie du divin César » Jésus nous rappelle simplement, face à tous les pouvoirs humains, le premier commandement : « Tu n’adoreras que Dieu seul. » Là est le rempart contre tous les esclavages. Pour le reste, à chacun de travailler et de vivre, dans la cité, dans sa profession, dans la famille, de l’immense liberté des enfants de Dieu.