Évangile de Jésus Christ selon Saint Marc (13, 33-37)

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Prenez garde, veillez : car vous ne savez pas quand viendra le moment. Il en est comme d’un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et recommandé au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de maison reviendra, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin. Il peut arriver à l’improviste et vous trouver endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : veillez ! »

Commentaire

Nous voici à nouveau dans l’attente, il s’agit de veiller, de nous tenir prêts. Et l’époux tarde à venir. Qui tiendra jusqu’au bout ?

Quelle attente ?   Mais au fait, quelle est notre attente ? Je me demande si, lorsque je vous parle d’attendre la venue de Dieu, cela ne nous laisse pas froids. La fin des temps, le jugement dernier, oui, d’accord. Mais ce n’est pas pour demain. Et le jugement de Dieu, nous le croyons sincèrement, ne peut être qu’une manifestation d’amour. Cependant, il est certain que nous attendons, beaucoup plus que nous le croyons. Ce monde qui est le nôtre, en ce début de XXIe siècle, est tellement chargé d’incertitudes, de contradictions, de conflits insolubles, de menaces de guerres et de violence, que nous ne pouvons que désirer une issue, un peu de paix. Notre monde espère autre chose que ce qu’il vit. Il sent bien que la vraie vie n’est pas cela. Toutes ces attentes de l’humanité, ce sont les nôtres. Attentes, qui vont souvent jusqu’à l’impatience. Que dit la foi de cette attente humaine, viscérale ?

Un jugement permanent. Je crois que si l’Écriture nous présente la venue du Christ comme imminente, c’est parce qu’elle est permanente. D’accord, il y aura, certes, un « Jour du Seigneur » où tout le mal sera jugé et où tout ce qui blesse l’homme sera surmonté. C’est l’expression de ma foi la plus profonde. Mais ce jugement, ne croyez-vous pas qu’il s’exerce tous les jours ? Comment ? Par tous ceux qui proclament l’Évangile par toute leur vie. C’est là une vraie venue de Dieu.

Que dit l’Évangile de notre manière si souvent décevante de concevoir le bonheur ? De nos sociétés qui, à cause des idoles qu’elles se sont fabriquées et qu’elles servent, asservissent des millions d’hommes ? En permanence, Dieu vient juger. Mais il juge par nous. Et si nous n’avons pas grand-chose à dire aux hommes d’aujourd’hui, c’est que nous courons comme les autres après les mêmes mirages. C’est que ce n’est pas vraiment le Christ que nous attendons. Le Christ ? Il est celui qui nous ouvre le chemin d’une vie réelle, dominée par l’amour et non par le culte des gadgets de la technique. Une vie bonne, comme disaient les anciens, une vie vraie : celle de Dieu lui-même.

Veilleurs, éveillés. Veiller, c’est travailler. C’est le contraire de dormir. Nous dormons, si nous fermons les yeux sur les situations de misère, d’injustice, de violence. Nous dormons si nous nous résignons en pensant : « Qu’est-ce que j’y peux ! » Nous dormons si nous nous laissons endormir par les slogans de la pub’. L’Écriture nous rabâche sans cesse cette consigne : « Tenez bon ». Le chrétien croit que Dieu vient, c’est-à-dire que l’amour investit notre monde, qu’il s’y incarne, que c’est déjà gagné. Mais aussi qu’il faut le faire. Car « tout pouvoir nous a été donné ». Dieu ne fait rien sans nous.