Vendredi Saint 14 avril : Célébration de la Passion du Seigneur

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Ne descends pas dans le jardin,
Oh ! Jésus,
Ne descends pas dans le jardin
Avant le jour !
Si je ne descends pas dans le jardin
En pleine nuit,
Qui donc vous mènera vers les soleils
Du Paradis ?
Je descendrai dans le jardin
En pleine nuit.

Ne laisse pas lier tes mains,
Oh ! Jésus,
Ne laisse pas lier tes mains
Sans dire un mot !
Si je ne laisse pas lier mes mains
Comme un voleur,
Qui donc pourra détruire les prisons
Dont vous souffrez ?
Je laisserai lier mes mains
Comme un voleur.

Ne t’étends pas sur cette croix,
Oh ! Jésus,
Ne t’étends pas sur cette croix
Jusqu’à mourir !
Si je ne m’étends pas sur cette croix
Comme un oiseau,
Qui donc vous gardera contre l’Enfer
Où vous alliez ?
Je m’étendrai sur cette croix
Comme un oiseau.
 

Ne laisse pas percer ton cœur,
Oh ! Jésus,
Ne laisse pas percer ton cœur
Par tes bourreaux !
Si je ne laisse pas percer mon cœur
Comme un fruit mûr,
Qui donc vous baignera de sang et d’eau
Pour vous guérir ?
Je laisserai percer mon cœur
Comme un fruit mûr.

Ne descends pas dans le tombeau,
Oh ! Jésus,
Ne descends pas dans le tombeau
Qu’ils ont creusé !

Si je ne descends pas dans le tombeau
Comme un froment,
Qui donc fera lever de vos cercueils
Vos corps sans vie ?
Je descendrai dans le tombeau
Pour y dormir.

Christ est allé dans le jardin, alléluia.
Christ a laissé lier ses mains, alléluias.
Christ a voulu souffrir la croix, alléluia.
Christ a laissé percer son cœur,, alléluia.
Christ a dormi dans le tombeau, alléluia !




Méditation

Silence ! Il dort !

Avec le centurion romain, témoin de la mort de Jésus, nous proclamons : « Vraiment, cet homme était fils de Dieu. »

Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ? Quand son Fils est apparu parmi nous, il s’est présenté sur la croix comme un homme sans avoir, sans pouvoir, sans vouloir.

Un Dieu sans avoir.

Quand le Père crée le monde, il le donne. Quand le Fils meurt, il se dépossède de tout et en pleine liberté :

- Soldats, voici ma tunique et mes vêtements, ils sont à vous.

- vous voulez mon corps. Le voici livré pour vous.

- Vous voulez verser mon sang ? Le voici répandu pour tous en signe de pardon universel.

- Femme, voici ton fils.

- Jean, voici ta mère.

- Vous désirez ma vie et mon Esprit ? « Ma vie nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne ». « Entre mains, Père, je remets mon Esprit. » Et vous, mes disciples, je vous donne mon dernier souffle : « Recevez le Saint-Esprit. » pour communiquer l’Amour jusqu’aux extrémités du monde.

- Le corps de Jésus ne réagit plus. C’est un cadavre abandonné entre les mains des soldats, de Marie, de Joseph d’Arimathie. Ses yeux sont fermés, ses oreilles inertes.

- Ni les clous, ni les épines ne font plus mal.

- Plus aucune sensation. Dieu n’est plus sensationnel.

- L’âme de Jésus a perdu connaissance. C’est le coma, le coma dépassé, le cerveau ne fonctionne plus, l’encéphalogramme est plat. Le Fils unique n’a plus conscience de soi, ni des autres, à la manière des hommes. C’est le vide, l’anéantissement de toutes les expériences et de tous les sentiments. L’agonie est terminée. L’angoisse est finie.

Aucun psychologue ne pourra retenir celui qui est passé du dedans au dehors. Jésus a trépassé. Il demeure maintenant au-delà, inaccessible.

Un Dieu sans pouvoir.

- Le Créateur s’est reposé le 7ème jour, avec l’apparition de l’homme et de la femme.

- Je me repose sur vous. Je vous livre les pleins pouvoirs sur le monde.

- Son Fils ne peut plus rien avec son Corps. Il est devenu pauvre, faible exsangue.

- Incapable de se détacher tout seul.

- Ce Fils de Dieu réduit à l’impuissance est un scandale pour les Juifs, une folie pour les païens.

- Scandale qui heurte nos volontés de puissance et de domination.

-Folie de l’Amour qui donne tout pouvoir à l’autre. Je t’aime puisque je te donne tout pouvoir sur moi.

- Mais Sagesse suprême du père de famille qui meurt pour permettre l’ouverture du testament et la transmission de tout l’héritage à l’Eglise. Ceci est mon testament nouveau : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés », comme le Père m’a aimé.

- Désormais, dit Jésus, je me repose sur vous.

- « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre ».

- Tu es Pierre, je te donne les clefs du Royaume et l’autorité suprême pour délier les hommes prisonniers.

Un Dieu sans vouloir.

- « Non pas ce que je veux, Père, mais ce que tu veux. »

- Non pas ce que je veux, Judas, mon ami, mais ce que tu veux. « Ce que tu dois faire, fais-le vite ».

- Me voici, obéissant jusqu’à la mort et la mort sur la croix.

- Grandiose et merveilleuse liberté : la capacité de tout donner.

- Redoutable et dangereuse liberté : la faculté de tuer.

- Jésus transforme un assassinat en sacrifice.

- Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?

- Qui donc est l’Homme pour être aimé ainsi ?

A travers le voile déchiré nous voyons le visage resplendissant du Père transfiguré. Il est Amour. Il est Amour.

A travers le cœur ouvert, nous contemplons déjà l’Esprit qui s’écoule comme un fleuve de vie et de tendresse.

La gloire de Dieu c’est d’aimer sans mesure.

La gloire de l’Homme c’est d’aimer sans mesure, jusqu’au bout, jusqu’à la mort offerte.

« Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. » Jésus est passé de la mort à la vie, non pas seul, mais avec le bon larron : « Aujourd’hui tu es avec moi dans le paradis. »

Frères et sœurs, nous avons le droit de le chuchoter entre nous ce soir et demain. On ne pourra plus jamais arrêter la rumeur qui est parvenue jusqu’à nos oreilles, en attendant que la joie explose dans le séisme de la nuit de Pâques, un cri de victoire : « Il est Ressuscité ».

Et dimanche la nouvelle éclatera comme un coup de tonnerre. Veillons et prions en silence. Chut ! Réveillons-nous, mais ne réveillons pas Celui qui dort.

Jésus, que la Paix du Seigneur soit toujours avec Toi.

« Dieu fait quelque chose du mal et de la souffrance »

Le livre de Job dit qu’il y a une traversée de l’épreuve, qui est son dépassement. Au lieu même où s’expérimente douloureusement l’absurde, il est quelque chose qui se donne à voir et à comprendre. C’est ainsi que, contre toute attente, au moment où le livre va se refermer, Job déclare qu’il sait désormais ce qu’il ne savait pas auparavant : « Je ne te connaissais que par ouï-dire, mais maintenant mes yeux t’ont vu » (Job 42,5). La force provocante du texte est ici que le lecteur ne saura pas ce que Job a vu ni ce qu’il a compris, et qui le fait sortir de la révolte, et qui le fait entrer dans l’acceptation de l’inacceptable. Le seul savoir que l’on acquiert à cette lecture - savoir enveloppé d’énigme - est que Dieu fait quelque chose, sait faire quelque chose, du mal et de la souffrance dont l’homme lui, ne sait que faire. »

« Le Christ ne nous sauve pas par la souffrance mais par l’amour avec lequel il a vécu la souffrance. » Anne-Marie Pelletier