Dimanche 4 juin : fête de la Pentecôte

Évangile de Jésus Christ selon Saint Jean (20, 19-23)

C’était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine, les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d'eux. Il leur dit : " La paix soit avec vous ! " Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : " La paix soit avec vous ! De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie. " Ayant ainsi parlé, il envoya sur eux son souffle et il leur dit : " Recevez l'Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. "

Commentaire

Babel !

J'ai longtemps été choqué par le geste de Dieu, tel qu'il est raconté dans la vieille légende biblique de la tour de Babel. Vous connaissez cette légende, reprise d'ailleurs d'une légende païenne plus ancienne, où l'on voit les dieux prendre peur de l'arrogance des hommes qui les menacent dans leur résidence céleste en construisant une tour qui atteindra le ciel. Dans le récit biblique (Genèse 11, 1-9), il est dit que si les hommes désirent construire une tour gigantesque au milieu de la ville, c'est pour qu'ils ne se dispersent pas et qu'ils puissent ainsi garder un langage unique. Ce qui me paraît une louable intention. Alors, pourquoi Dieu intervient-il pour mettre la confusion dans leur langage, pour qu'ils ne comprennent plus le langage les uns des autres ? La légende biblique est écrite, certes, pour répondre à la question que les hommes se sont toujours posée : pourquoi cette diversité des langues humaines ? Mais la légende biblique nous donne une autre réponse : c'est Dieu qui est la cause de cette confusion des langages, un Dieu jaloux du pouvoir que les hommes s'arrogent en voulant bâtir une tour " qui atteigne le ciel".

Pourquoi ?

A première vue, c'est scandaleux ! Dieu passe pour l'empêcheur de tourner en rond, celui qui brouille les cartes, qui fait échouer les projets humains les plus légitimes. Mais à y regarder de plus près, ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Et d'abord, l'intention des humains n'est pas si innocente que cela. Elle est dans le prolongement de la première tentation, au chapitre 3 de la Genèse, où le tentateur promet à l'homme et à la femme qu'ils seront " comme des dieux ". C'est la tentation constante de tous les totalitarismes, politiques ou religieux : tous les hommes standardisés tenant le même langage (la langue de bois), adeptes d'une " pensée unique ", et malheur aux dissidents. Voilà qui est contraire au plan divin, tel qu'il est décrit dans la Bible depuis les origines : Dieu a confié aux hommes la mission d'occuper toute la terre pour la faire fructifier. Mission créatrice, qui est tout le contraire d'une culture oppressive. Mission pour laquelle les hommes ont besoin de communiquer entre eux, par-delà la barrière des langues, mais dans le respect de la diversité.

Anti-Babel

Nous célébrons aujourd'hui la fête de la Pentecôte, et le récit de la venue de l'Esprit Saint sur la jeune Église rassemblée au Cénacle, (comme d'ailleurs le récit du soir de Pâques dans l'Evangile de Jean) présente l'événement comme l'anti-Babel. Les hommes qui sont dans la rue au matin de Pentecôte n'entendent pas les apôtres parler une seule langue : chacun les entend en sa langue propre. L'Esprit conjugue les diversités sans les abolir. L'amour commence par le respect de l'autre en sa différence. Le rassemblement humain dans l'Esprit sera polyphonie, ou symphonie, chacun jouant et chantant sa partie en accord avec les autres.

Amour dans la différence.

Qu'est-ce que cela signifie, pour nous qui avons été " baptisés dans l'eau et dans l'Esprit " ? Il nous anime de l'intérieur (à condition que nous n'y mettions pas obstacle) et il nous met en mouvement, du même mouvement d'amour que celui de Dieu lui-même, qui est sortie de soi pour aller à l'autre. L'Esprit nous arrache à nos fixations, à la chaleur des petites chapelles. Il nous fait tenir d'autres langages. Intérieur, il nous jette vers le dehors, pour que cette divinité que nous portons passe au monde. Ce qui était la mission, la fonction du Fils devient notre mission. " Comme le Père m'a envoyé, je vous envoie ".

Quelle mission ? Essentiellement une réconciliation du monde avec Dieu et des hommes entre eux. Pour créer cet univers qui respecte la diversité des cultures, des langues, des systèmes politiques ou économiques, un seul moyen : l'amour, qui est un autre nom de l'Esprit.

« Qui nous séparera de l'amour que Dieu nous porte… rien » s’écriait saint Paul.