« ... Ce 3 mars 2017, nous prêtons nos voix aux femmes des Philippines tout en étant en communion de prière avec les femmes et les hommes des 180 pays qui participent à la Journée Mondiale de Prière. Nous pensons plus particulièrement à la Russie et à la Grèce qui sont les partenaires de prière de la France. Le partenariat de prière est une occasion de prière pendant toute l’année... »

L’affiche, conçue par la jeune artiste Rowena « Apol » Laxamana-Sta Rosa, donne un aperçu des mondes typiques des Philippines qui sont très divers :
d’u
n côté, dans les tons majoritairement gris, la civilisation urbaine techniquement très développée, dans laquelle on trouve aussi de la pauvreté, et de l’autre des scènes idylliques, quasi paradisiaques de régions campagnardes apparemment encore préservées de la civilisation moderne.
Au centre, une figure féminine clairement inspirée des représentations
allégoriques de la Justice domine le tout, un œil dissimulée par un voile et une balance à la main.

La justice est donc le thème central de la liturgie, basée sur la célèbre parabole des ouvriers de la vigne (Mt 20, 1-16). L'histoire veut nous présenter la justice du Royaume de Dieu où tous reçoivent le même salaire, indépendamment de leur mérite. N'est-ce pas injuste à nos yeux ? Laissons-nous surprendre par la réponse des femmes philippines qui l'illustrent par un exemple tiré de leur propre tradition agricole !

Le partenariat avec la Russie et la Grèce est rendu visible par les objets apportés sur l'autel : deux bougies, des poupées russes et une icône. La flamme des bougies concrétise le lien spirituel avec celles et ceux qui, dans le monde, célèbrent en même temps.

« Nous tenons à vous saluer tous, ce soir, représentants des différentes confessions chrétiennes à Pau : merci de votre présence. Nous voulons remercier les musiciens : merci de votre participation. Nous sommes heureuses de prêter notre voix et si vous avez envie de prêter la vôtre l’an prochain, n’hésitez pas à nous rencontrer... »
En effet, c'est une nouvelle équipe qui a préparé de ce temps de prière à Pau, elle est très motivée pour que ce temps fort continue, et elle serait heureuse que d'autres se joignent à elle l'an prochain.

Entrons maintenant dans cette célébration
et retrouvons, grâce aux voix de certains, ces témoignages des femmes des Philippines.

Jeanne : Aux Philippines nous nous saluons par ce mot « Mabuhay » (se prononce mou-bou- haï). C’est un mot dans notre langue nationale qui a plusieurs significations comme « longue vie », « santé », « bienvenue » et « hourra » : Mabuhay Tous : Mou-bou-haï

Isabelle : Bienvenue à la journée mondiale de prière 2017. Avec les femmes des Philippines, nous vous invitons à méditer sur le thème de cette année « Suis-je injuste envers toi ? ». De tout cœur, nous vous accueillons dans cette assemblée. Ensemble, remercions et louons Dieu.
Jeanne : Quelle belle journée pour nous rassembler dans la maison de Dieu !  Tous : Nous ressentons la présence du Seigneur.
Isabelle : Au milieu de la souffrance et de l’angoisse ! Tous : Nous ressentons la présence du Seigneur.
Jeanne : En toute chose, rendons grâce !
Tous : Nous rendons grâce pour le don parfait, Jésus Christ, notre Sauveur.

VOIX DE FEMMES
A LA RECHERCHE DE LA JUSTICE ÉCONOMIQUE

Je suis Merlyn, de Mindanao, l’île du sud des Philippines. Quand j’avais 7 ans, ma mère, victime de violences conjugales, est morte d’un cancer. Un mois plus tard, j’ai vu mon père abattu d’un coup de fusil, suite à une dispute de terrain. J’ai été forcée de trouver un travail pour que mes jeunes frères et sœurs puissent aller à l’école. Un recruteur m’a fait monter sur un bateau qui allait à la grande ville de Manille. J’avais 15 ans mais j’ai prétendu en avoir 18 pour  obtenir le travail. L’agence de recrutement m’a placé dans une famille. J’ai travaillé comme bonne à tout faire, presque 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sans un jour de congé.
Après 3 mois de travail, je n’avais toujours pas reçu de salaire. Aussi, j’ai démissionné et j’ai déménagé. Mon employeuse a porté plainte contre moi pour vol qualifié. Elle m’a accusée d’avoir volé les boucles d’oreilles de sa fille. J’ai été placée en détention dans une cellule de la prison de la ville pendant trois jours et deux nuits. Un avocat chrétien ma offert une aide juridique gratuite. J’ai eu gain de cause contre mon employeuse pour pratique de travail illégal. Cette injustice a été reconnue et enregistrée auprès du Ministère du Travail et de l’Emploi. J'ai reçu une compensation. J’ai aussi gagné mon procès pour vol qualifié et cette affaire a été effacée de mon casier judiciaire.
Mon histoire est l’histoire de beaucoup de jeunes filles qui viennent de zones rurales ainsi que celles qui quittent notre pays pour être des travailleuses philippines expatriées. Forcées par la situation économique, nous migrons vers les centres urbains et vers l’étranger. Nous avons à peine fini l’école élémentaire que nous devons travailler comme domestiques. Nous subissons souvent des abus. Malgré l’introduction en novembre 2012 de la loi kasambahay concernant les employés de maison, nous souffrons encore de l’injustice économique.
La loi kasambahay est le résultat de la lutte du peuple pour protéger les employés de maison. Nous sommes plus de deux millions aux Philippines et nous avons besoin d’obtenir un travail décent pour vaincre la pauvreté.

Je suis Célia, je travaille dans une plantation de canne à sucre et j’ai un enfant. Je suis journalière dans l’une de ces grandes plantations de sucre au centre de Luzon, la grande île du nord des Philippines. Mon salaire quotidien n’est pas suffisant pour nourrir ma famille. A cause des nouvelles utilisations des terrains et de la mécanisation dans les haciendas pour les plantations de canne à sucre, le nombre de jours de travail effectif pour chaque travailleur a diminué. La plupart du temps, je travaille deux jours par semaine.
Pour compléter mes revenus et faire vivre ma famille, je vends des boulettes de poisson et de farine de palmiers pendant les vacances. Je fais aussi la lessive pour d’autres familles ou travaille comme « vendeuse en extra » de savon et de dentifrice dans les rues. Même si je travaille dur, je ne gagne pas assez pour assurer trois repas décents à ma famille ni pour installer l’eau courante à la maison. Je dois aller chercher l’eau à la pompe publique.
Comme les 5 000 travailleurs agricoles, j’attends le jour où j’aurais un lopin de terre à labourer sur les 6 453 hectares de la plantation canne à sucre. Les propriétaires ont promis de distribuer des terrains aux travailleurs agricoles, censés bénéficier du programme gouvernemental Général de la Réforme Agraire. Nous devons continuer à nous battre pour nos droits à une vie décente.

Je m’appelle Editha, j’ai 69 ans, je suis veuve et j’ai trois enfants, tous mariés. Je vis à Ormoc, dans les Philippines centrales. Nous avons été touchés par le typhon Haiyan. J’ai perdu ma boutique et ma maison mais j’ai pu être évacuée et me mettre à l’abri. Je vis encore dans une cabane préfabriquée avec ma voisine et nous partageons la nourriture. Je n’ai reçu aucune aide pour reconstruire ma maison mais nous sommes reconnaissants envers les organisations qui continuent à aider les victimes du typhon ? J’ai reçu de l’argent de l’organisation « Christian Aid » pour pouvoir travailler.
Le typhon Hawaien a laissé une profonde cicatrice dans ma vie. J’attends du travail et une nouvelle maison. Le programme de réhabilitation gouvernemental est si lent malgré les milliards de dollars versés par la communauté internationale en réponse à l’énorme dévastation causée par le typhon Hawaien.
C’est dans de tel moment que nous réalisons que la solidarité est la source de notre force.

Justice demande Pardon, Réconciliation


Isabelle : Confessons nos manquements à Dieu.
Notre Dieu, les témoignages de nos soeurs nous rappellent que nous ne sommes pas dignes de ta gloire. Nous avons pris comme excuse que nous n’étions qu’une voix parmi tant d’autres.
Tous : Seigneur, tu as entendu le cri de ton peuple pour la paix ;

Jeanne : Mais nous avons pris comme excuse que nous avions besoin d’un pouvoir militaire fort pour protéger nos intérêts.
Tous : Seigneur, tu as entendu le cri de ton peuple pour la protection de la planète

Isabelle: Pendant que nous prenions comme excuse que la science trouverez une solution pour sauver la planète.
Tous : Seigneur, tu as entendu le cri de ton peuple pour la réconciliation ;

Jeanne : Mais nous avons pris comme excuse que nous ne connaissions pas celles et ceux qui ont d’autres origines ou d’autres cultures.
Tous : Seigneur, tu nous a appelés à aider les pauvres et les sans abri ; Isabelle : Mais nous avons pris comme excuse que l’aide serait mal utilisée

Tous : Seigneur,  nous avons épuisés toutes nos mauvaises excuses et maintenant nous sommes face à nos propres manquements. Nous sommes responsables de ne pas agir quand nous entendons le cri de ton peuple. Nous devons répondre à ton appel à la justice. Seigneur, pardonne-nous et rends nous libres. Inspire-nous et aide-nous à agir. Amen

Jeanne : Ecoutez-moi, vous qui criez pour être délivrés. Vous qui vous tournez vers Dieu, vous irez en pais et les montagnes et les collines pousseront des cris de joie et tous les arbres frapperont des mains. Jésus a dit «  Je suis venu pour que vous ayez la vie et que vous l’ayez en abondance. » Si nous confessons nos manquements du fond de nos cœurs, Dieu pardonne et nous libère pour un nouveau départ.

MÉDITATION SUR LA PAROLE DE DIEU (Mt 20, 1-16)

Isabelle : Nous vous invitons à réfléchir à la question du thème « Me trouves-tu injuste ? ».
Salomé : Jésus parle à ses disciples du royaume des cieux. Le royaume des cieux est semblable à un vigneron sorti plusieurs fois dans la journée pour embaucher des ouvriers. Le soir venu, il donne à chacun une pièce d’argent.
Ariane : En ces temps de chômage, nous pouvons nous réjouir de voir l’embauche de plusieurs ouvriers au long de la journée. Cependant, si nous étions arrivés les premiers, nous aurions sûrement peu apprécié de recevoir le même salaire que ceux qui ont été embauchés en dernier.
Salomé : Aux Philippines, chez les riziculteurs, les voisins sont appelés à aider à planter le riz et à le récolter. Personne n’est payé mais la récolte est alors partagée entre tous. Cette pratique est appelé dagyaw (DAG YOW avec un a court)
Ariane : Le dagyaw est une bonne pratique parce qu’elle aide à bâtir et à maintenir une communauté, à pratiquer concrètement la solidarité et à prendre soin les uns des autres.
Salomé : Dans l’histoire de la Bible, Jésus utilise la générosité du propriétaire pour aider à comprendre à quoi ressemble le royaume des cieux.
Pourquoi ceux qui ont passé la majeure partie de la journée sans travailler reçoivent-ils le même salaire que ceux qui ont travaillé toute la journée ?
Comment le dagyaw se compare-t-il à la générosité du propriétaire ?
Ariane : Qui sont « les derniers » dans notre communauté ? Les inviteriez-vous à la récolte ? Où percevez-vous l’appel de Dieu nous invitant à pratiquer la justice ? Comment répondriez-vous à l’appel de Dieu ?

Suit un partage avec son voisin

Isabelle : Nous vous invitons maintenant à prendre le temps de regarder le tableau réalisée par l'artiste philippine de 32 ans, Rowena « Apol ». Beaucoup de choses sont à y découvrir et à interpréter. L’artiste cherche à transmettre un message qui lui tient à cœur :
Dieu a offert des ressources abondantes aux Philippines, tant humaines que matérielles. Les ressources sont destinées à toute la création. La justice économique de Dieu contraste avec l’économie humaine, où les puissants s’approprient les ressources de Dieu pour en profiter et en faire profiter leur famille. Le royaume de Dieu est ouvert à tous, même à ceux qui ne le reconnaissent pas. Jésus dit : « je suis venu pour que les humains aient la vie et l’aient en abondance. » (Jean 10,10)

ENGAGEMENT POUR ÊTRE SOLIDAIRES

Salomé : le temps de la récolte est un temps d’abondance. C’est un temps pour célébrer. Nous vous invitons à recevoir les fruits de la récolte, c’est notre dagyaw. Les fruits de la justice nourrissent notre espérance et notre engagement. Nous sommes invités à continuer malgré les obstacles.

Dieu, notre Père (livret de chant page 5)

Pendant le chant, les morceaux de sucre placés dans les corbeilles sont distribués.

Jeanne : Dieu très aimant, nous t’offrons ces fruits qui symbolisent les fruits de l’esprit de libération, pour qu’en ce temps de récolte, la justice prévale. Veuille transformer notre peuple et notre société afin qu’ils deviennent des êtres humains compatissants et aimants, fruits de la tendresse de leur cœur. Dieu de vie, qui transforme les semences en fruits, nous te prions pour
ceux qui participent au mystère des semailles et à la joie de la récolte. Que nos semences de justice murissent comme les plantes près des eaux vivantes, les eaux de ta grâce. Nous offrons ces fruits de justice en signe de notre volonté de nous engager à apporter l’espérance dans ce monde injuste. Nous offrons nos mains pour continuer à planter et entretenir ces semences jusqu’au temps de la récolte. Purifie-nous. Transforme-nous. Libère-nous. Soutiens notre récolte. Utilise-nous pour ta volonté et ta gloire. Amen.

OFFRANDE

 Les dons recueillis lors de cette journée seront envoyés aux organismes sélectionnés avec la plus grande rigueur par le Comité national de l’association française. 5 projets ont été retenus :

1) Amélioration des moyens de subsistance pour les communautés indigènes victimes du typhon Hawaïen aux Philippines, projet du Secours Catholique – Caritas France
Ce projet s’inscrit dans la phase de réhabilitation post-typhon Hawaïen. Son objectif est d’améliorer les moyens de subsistance des communautés indigènes des montagnes centrales de Panay, grâce à une exploitation plus efficace des ressources naturelles. Le projet vise également au renforcement de la résilience de ces populations et à la réduction des risques liés
aux fréquentes catastrophes naturelles. Ce projet est porté par l’équipe du diocèse de Kalibo.

2) Améliorer l'accès des femmes de la campagne aux soins de santé primaires à Looy, Province de Mindanao avec le Diocèse Épiscopal des Philippines du Sud.
Le projet aidera la communauté et plus particulièrement les femmes, en mettant en place un système d'apport d'eau. Un centre nutritionnel et médical sera construit et un jardin communautaire d'herbes médicinales sera planté. Le centre permettra de répondre immédiatement aux maladies affectant les résidents. Une information régulièrement mise à jour permettra de développer des programmes de santé adéquats et réactifs à l'usage des résidents
des communautés indigènes.

3) Soutien du programme scolaire et alimentaire pour les enfants et leurs familles dans les zones de conflits, à Mindanao avec l’Armée du Salut aux Philippines. Les familles bénéficiaires de ce projet vivent dans une zone dangereuse en raison de la sècheresse, de la pauvreté et des conflits armés. Ce programme permet de nourrir 90 enfants et de leur assurer un enseignement, d'assister 75 familles dans leurs dépenses alimentaires journalières et d'assurer un soutien moral et spirituel tant aux enfants qu’aux parents.

4) Réinsertion sociale de 20 jeunes filles de l’Ecole de Vie avec l’association association Accompagnement Jeunesse Asie. L’Ecole de vie accueille des jeunes filles ayant subi des violences : victimes de prostitution, d’abus sexuels... Elles ont vécu dans la rue, viennent des bidonvilles ou de prison. L’Ecole de vie agit sur le long terme, l’objectif est de contribuer à la protection et la réinsertion durable de ces jeunes filles en les accompagnant vers leur autonomie.

5) Femmes responsables, communautés autonomes avec l’Educational Research and Development Assistance Foundation. Aux Philippines, dans les communautés pauvres, les femmes sont la colonne vertébrale de la famille. C’est pourquoi ERDA veut responsabiliser ces femmes, surtout les mères de famille, pour lutter contre la précarité et la grande pauvreté.
Le projet prévoit de les former aux compétences, leur apprendre à organiser et gérer, les aider à devenir autonomes économiquement et à créer un réseau d’organisations féminines.

PRIÈRE D’INTERCESSION

Hadrien : Je suis un enfant, j’ai besoin qu’on prenne soin de ma santé.
Tous : Dieu d’espérance et de réconciliation, pousse-nous à prendre soin de nos enfants pour alléger leurs souffrances. Seigneur, aide-nous.

Une travailleuse philippines expatriée : Je suis travailleuse philippine expatriée. J’ai besoin de lois justes.
Tous : Dieu de justice et de libération, nous nous engageons à éradiquer les causes d’injustice qui menacent la dignité humaine. Seigneur, aide-nous.

Ariane : Je suis jeune. J’ai besoin d’instruction. Je veux être dans une école.
Tous : Seigneur notre maître et notre guide, assure à toutes les personnes la possibilité de se développer complètement et d’être vraiment celles que Tu as créées. Seigneur, aide-nous.

Une personne d’une minorité ethnique : J’appartiens à une minorité ethnique. Je voudrais conserver l’identité de mon peuple reçu de Dieu.
Tous : Dieu créateur, nous nous engageons à construire une communauté mondiale d’amour, de justice et de service. Seigneur, aide-nous.

Une cultivatrice travailleuse : Je suis cultivatrice. Je suis travailleuse. Nous voulons reconnaître pleinement l’appel de Dieu à agir de sorte que nous puissions être des actrices de changement.
Tous : Dieu d’amour, de justice et de service, aide-nous à être des graines de  changement et tes instruments pour réaliser ton royaume de paix.

Un temps de convivialité a suivi