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 Madame Claude Mengès Moronneau, docteur en histoire de l'art et chargée de mission au Musée national du Château de Pau est venue nous raconter avec passion "tout ce que les murs de l'église ne nous livrent pas". 

Petit résumé de la partie historique (dans quelques temps vous pourrez en savoir plus en l'écoutant)

L’église Saint-Jacques de Pau, une église riche d’une histoire de 150 ans…

Lieu de rencontre et de prière de la communauté chrétienne du quartier, elle est dédiée à l’apôtre saint Jacques le Majeur et fait partie de la paroisse du Christ Sauveur.

Mais revenons en arrière, même au-delà des 150 ans. En 1651, les Cordeliers (1) s’installent à Pau au nord de la rivière du Hédas, où ils vont construire la chapelle des Cordeliers et un couvent. En 1678, l’urbanisation se fait de plus en plus vers le nord, il y a alors deux paroisses, une au sud : Saint-Martin, et la nouvelle au nord.


On voit bien la paroisse Saint-Martin et, au nord la chapelle des Cordeliers avec la date 1656

A la Révolution, les Cordeliers sont chassés et la chapelle est fermée au culte pour devenir un temple décadaire, c’est-à-dire un temple voué à « l’être suprême : l’être de la raison » avec la volonté de déchristianiser. Il faut attendre 1802 pour sa réouverture au culte, elle devient alors église paroissiale et est désormais consacrée à Saint-Jacques, car les pèlerins se rendant à Saint-Jacques-de-Compostelle y venaient nombreux et y étaient accueillis.

Jusque là, il n'y avait qu'une nef avec deux légers bas-côtés et un seul clocher. Mais, étant en très mauvais état, des travaux commencent dès 1812, mais c’est surtout après 1853 - alors que vient d’être construit le Palais de Justice sur l’ancien cimetière des Cordeliers - que tout va évoluer.  En effet, l’accroissement démographique de Pau nécessite la construction de nouvelles églises. Donc, après avoir écrit au maire de Pau, l’Inspecteur des Monuments Diocésains fait un rapport au Ministre des Cultes : « … Il n’y a pas d’église à Pau… Je ne connais pas en France une ville si chétive, si pauvre, si désertée qui ne puisse offrir à la majesté du culte catholique un lieu saint plus digne de sa célébration que ceux consacrés à Pau aux paroisses Saint-Jacques et Saint MartinCela est d’autant plus frappant que cette ville de 16 000 habitants a toute l’allure d’une grande ville… ». On va alors commencer à réfléchir à l’innovation de ces deux principales églises. Il y a donc un choix à faire : la mairie choisit Saint Martin, église historique de Pau, et, en 1860, l’abbé Jean-Antoine Bordenave décide la construction de l’église Saint Jacques. Le Conseil de Fabrique (2) lance alors une souscription populaire pour son financement intégral.

  1. Les Cordeliers, nom qui aurait été donné aux Franciscains établis en France, lors d’une croisade, quand Saint Louis demanda qui étaient ces religieux si combatifs envers les Sarrasins. On lui répondit qu’ils étaient « de cordes liés » (cordeliers) car ces moines portaient sur leur robe de bure une grosse corde pleine de nœuds.
  2. La fabrique ou fabrique d'église, au sein d'une communauté paroissiale catholique, désigne un ensemble de « décideurs » (clercs et laïcs) nommés pour assurer la collecte et l'administration des fonds et revenus nécessaires à la construction et à l'entretien des édifices religieux et du mobilier de la paroisse.


1860 : la chapelle Saint-Jacques et le palais de justice

Fort du succès de la souscription, les travaux de l'église sont lancés le 25 juillet 1861, jour de la pose de la 1ère pierre. Fait rare pour l’époque, l’architecte-entrepreneur, M. Emile Loupot, construit l’église actuelle par-dessus l’ancienne chapelle sans la démolir tout de suite, afin d’assurer les cérémonies du culte pendant les travaux. Ceux-ci sont achevés en 1868, soit trois ans avant l'inauguration de l'église Saint-Martin. Le 15 novembre 1868, il y a donc 150 ans, c’est la Dédicace de l’église.

Le XIXe ayant un goût pour le gothique et le Moyen Âge très poussé, exprimé par Violet le Duc, l’image recherchée pour l’architecture de l’église est donc celle d’une cathédrale gothique, d’où, comme à Reims, une flèche au-dessus du chevet et, côté façade, une rosace, des verticales très accentuées et surtout deux tours surmontées de deux grandes flèches. A l’origine en pierre de taille, les deux flèches ont dû être remplacées en 2012, suite à une tempête.


L'église avec ses 3 flèches en pierre de taille


Après la tempête de 1999                                         et en 2012        

Poussons maintenant la porte : elle s’ouvre sur une nef qui, avec le transept, présente un plan basilical pour rappeler la croix du Christ ; nef à trois niveaux avec 5 travées et 2 bas-côtés avec leurs chapelles latérales ; l’ensemble, voûté d’ogives en pierre de taille de Louvie, est beaucoup plus large qu’avant : 24m x 61,50m et 18,30m pour la hauteur de la nef. Le bâtiment de cette église a été inscrit aux Monuments Historiques en 2013.

Après les œuvres des tailleurs de pierre, le regard se porte très vite sur celles de tous les autres artistes qui ont aussi contribué à embellir l’église : maîtres ébénistes, maîtres verriers, sculpteurs, peintres… Ces œuvres apportent une certaine chaleur, comme les sculptures et « dentelles » de bois des stalles et de la chaire avec son dais et sa flèche, du maître-ébéniste Mignou, sur des dessins d’Emile Loupot. Quant aux peintures, elles recouvrent entièrement la pierre de l’abside : feuillages des peintures d’ornement des frères Decrept de Bayonne, ou grands tableaux. De leur côté, les vitraux, sur deux hauteurs, apportent la lumière, tous ceux de l’église sont de l’atelier Thibauld de Clermont-Ferrand.

Mais tous ces artistes ont surtout voulu traduire les moments importants de la vie de celui qui est au centre de tout, le Christ, et qui est donc au centre de l’abside dans le grand vitrail de la Croix. Ils ont aussi représenté de nombreux saints et raconté la vie de saint Jacques, comme dans les hauts reliefs des tympans du porche, de l’atelier saint Hilaire de Poitiers, ou les vitraux supérieurs, ou les toiles marouflées de l’abside d’Henri Morisset, peintre parisien : vocation du saint, prédication, martyre, bataille de Clavijo (844) où saint Jacques apparait en guerrier face au roi des Asturies. Quant au peintre palois Joseph Castaing il a fait, dans un grand triptyque du transept, une large place à Marie dans sa gloire où les anges musiciens et les enfants de chœur qui l’entourent chantent le Salve Regina. Juste à côté une petite chapelle avec deux beaux vitraux des frères Mauméjean.

Il ne vous reste plus qu’à pousser la porte de cette belle église néogothique pour revivre cette histoire qui garde encore quelques témoins des origines : le baptistère de la 1ère chapelle, récemment restauré et béni par Mgr Aillet pour les 150 ans, le petit tabernacle et une statuette, témoins des somptueux décors du XVIIIe siècle. Après, il suffira de se laisser porter dans la prière par le silence, ou peut-être par la mélodie de l’un des deux orgues ou du carillon… mais là s’ouvre une autre histoire très riche…

 

Pour la décoration intérieure et le mobilier, des précisions seront apportées quand l'article des 150 ans sera terminé, et tout sera dans la partie historique du site qui sera refaite... mais encore un peu de patience car beaucoup d'évènements se sont passés en même temps

Pour terminer cette page, revoyons le retour du baptistère (les photos ont ét offertes par la République des Pyrénées) Un très grand merci au Journal et à ceux qui l'ont installé.

Ce premier jour du festival s'est terminé par un concert d'exception où Eric Saint-Marc a fait résonner, avec tout son talent, le grand orgue de l'église.

Si certains ont enregistré une partie du concert, ce serait bien de faire passer le fichier à la paroisse afin que je puisse en faire profiter d'autres personnes, dont en particulier ceux qui ne peuvent pas sortir le soir ou ceux qui sont malades. Hélas je n'ai pu y être pour l'enregistrer.

(il suffit de porter le fichier avec une clé USB à l'ccueil de St Jacques, en mettant "pour Geneviève" et en mettant votre nom pour pouvoir la récupérer)