Conférences de Carême : Aide à l'Eglise en Détresse, l'ARCHE et le CCFD - AED

 

Le 7 mars M. Loïc Bondu, responsable Ouest de l'AED France est venu, à la Maison Saint Jacques, nous partager ce que vivent les chrétiens dans certains pays du monde et comment l'AED leur vient en aide. Une conférence au titre imagé : « Le puits, la moto et l'église : vies chrétiennes aux quatre coins du monde »

Mais avant tout, qu'est-ce-que l'AED, quels sont ses objectifs, ses projets ?

Loïc Bondu : « Ce n'est pas une ONG qui construit des puits (sauf exception), nous on construit des églises (lorsque cela est possible) Ce sont les évêques qui nous disent les besoins, donc notre structure est légère.
Au départ, c'est une Association Catholique Romaine, mais depuis 2 ou 3 ans, nous sommes une Fondation Pontificale. Après la chute du Mur de Berlin, nous nous sommes aperçus que les orthodoxes avaient aussi souffert avec leurs églises détruites, d'où l'extension aux orthodoxes, même si ça a été difficile à faire accepter.

Nous ne travaillons pas dans l'urgence, mais au côté des communautés chrétiennes dans la durée... »


AED Présentation par Chr-Sa-64

Projets de ce Carême 2017 :

- Reconstruction de 50 maisons à Quseir, près de Homs en Syrie. La ville était devenue une ville fantôme car 70% de la population a fui, mais 470 familles ont décidé de rentrer chez elle, 50 d'entre elles ont vraiment besoin d'aide pour vivre dans des conditions décentes (Electricité à réinstaller... portes et fenêtres à poser...)

- Construction de 6 salles de classe pour les réfugiés d'Erbil pour 560 élèves du primaire. Ils ont quitté Mossoul et les villages environnant avec leurs familles en 2014, abandonnant leur maison et tous leurs biens pour fuir l'état islamique. Pour eux, pouvoir poursuivre leur scolarité est l'espoir d'un avenir meilleur...


Des enfants heureux avec leur livre de catéchisme

- Achat d'une moto pour un prêtre des Philippines. Pour accomplir sa mission dans les 11 villages reculés et difficiles d'accès dont il a la charge, il doit pouvoir se déplacer.

- Forage d'un puits d'eau potable en République Démocratique du Congo pour les moniales du Monastère des Carmélites Déchaussées de Kinshasa (même si l'AED n'est pas une ONG). Depuis plus de 30 ans le puits de leur jardin leur permettait de maintenir un petit élevage de poules et de lapins, leur assurant ainsi un petit revenu, mais le puits s'est asséché et effondré.

- Construction d'une église à 25 km de Port-au-Prince en Haïti pour une communauté catholique très pauvre qui a été touchée de plein fouet par le terrible tremblement de terre de 2010, et plus récemment par l'ouragan Matthew. Même si la communauté ne peut pas compter sur l'aide locale pour survivre et se développer, elle reste pleine d'espoir !

Loïc Bondu : « L'AED ne finance pas la totalité des projets pour que les personnes se prennent en charge. La France est le premier pays pour l'argent investi : 25 millions d'euros. (dons, legs, offrandes de messes aux prêtres dans le besoin : certains n'ont même que cela pour vivre)
Le partage entre pays riches et pays pauvres est très important. »

Les trois missions de l'AED :

Informer, inviter à la prière, partager.

Dans cette vidéo, les enfants d'Alep nous partagent leur espoir de PAIX


AED Dessins des enfants d'Alep par Chr-Sa-64

Après cette présentation et ces projets, un autre film
(non visible ici, mais en voici quelques photos)
nous a ouvert les yeux sur une réalité que l'on ne soupçonnait pas :

La vie des chrétiens dans les pays riches du Moyen Orient
Péninsule arabique : 7 états dont Qatar, Arabie Saoudite...

Contrairement au passé, le 21ème siècle voit l'ouverture religieuse dans ces états, alors les églises se remplissent.
Mais, si l'on constate la réussite de ces pays grâce au pétrole, les travailleurs migrants vivent dans des conditions précaires :
52 personnes dans une villa
14 personnes dans 18 m2
manque de droits
12h de travail par jour, 6 à 7 jours par semaine
camps de travail...

Ces conditions de vie difficile engendrent le racisme.
Parmi les travailleurs, 1 million sont citoyens des émirats et 8 millions sont des expatriés.


Les chrétiens sont libres de pratiquer leur religion mais avec des restrictions, car, s'ils s'entendent avec les musulmans modernistes, ce n'est pas le cas avec les 5% de musulmans fondamentalistes, or ce sont eux qui détiennent le pouvoir.

A noter toutefois la vitalité des paroisses catholiques : 300 000 à 400 000 chrétiens, les messes et les sacrements sont célébrés dans plusieurs langues (12 même si la langue officielle est l'anglais) et dans plusieurs rites (8 orientaux dont 6 d'origine arabe et 2 indiens, plus 1 rite latin) Exemple : au Koweit, 5 rites différents dans une même église.

Mgr Paul Hinder d'Abu Dahbi : « Pour la formation spirituelle de tous ces gens (et avec tous ces rites) nous avons besoin de beaucoup plus de prêtres. Chaque groupe veut être seul, séparé des autres, indépendant, c'est tellement difficile de regrouper tous ces gens. Et comment former, avec tant de rites, une Église catholique ? Notre plus grand défi est de former une Église catholique unie avec le respect de la liturgie de chaque rite. »
Un prêtre : « Notre évêque nous dit de ne pas céder à l'exclusivisme, mais que nous devons être unis et, quelles que soient nos différences, ne former qu'un. »
La paroisse devient, pour les chrétiens, un lieu pour regagner leur identité et leur culture, un lieu des référence.

Mgr Camillo Ballin du Bahrein : « Selon certains critères, nous pouvons dire qu'au Bahrein, nous avons 140 000 catholiques et 2 églises, au Qatar 350 000 et 1 église, au Koweit entre 350 et 400 000, et 2 églises, en Arabie Saoudite 1 500 000 uniquement de catholiques et zéro église.
Au total, dans la péninsule arabique, il y a environ 3 millions de fidèles pour 20 églises. Donc, en construire de nouvelles est un défi majeur. Grâce au don généreux d'un terrain, cadeau du roi de Bahrein, le vicariat compte relever le défi en construisant une cathédrale dédiée à Notre Dame d'Arabie. Ce sera une lueur d'espoir pour tous les chrétiens, un symbole de la continuité de l'espérance dans cette région si importante. La nouvelle cathédrale devrait contenir au moins 2000 personnes car nous avons besoin d'espace pour la formation.

Ici, au Bahrein, les chrétiens ont la vie dure, pas à cause du gouvernement, mais parce qu'ils ont quitté leur pays, ils ont quitté leur famille, leurs proches, leurs amis, ils sont ici seuls. Alors nos fidèles souffrent beaucoup, ils ont besoin d'une formation spirituelle particulière pour les aider à rester ce qu'ils sont, autrement ils se perdent. »

Importance aussi de la catéchèse et de la formation des enfants et les jeunes, dans les paroisses et les écoles, c'est un des objectifs de l'Arabie Saoudite, car ce sont eux  les futurs chrétiens, ceux qui auront à continuer de construire des ponts entre les cultures.


Lors d'une messe au Bahrein

Il y a une paroisse avec 6000 enfants le dimanche a Dubaï (Abu Dabi) !
Ce sont des enfants de tous les pays, et ce n'est pas obligatoire à leur âge.
(il n'y a pas d'erreur dans le nombre de zéros !)

Père Tomasito Veneracion : « Les enfants du Catéchisme, sont une des merveilles du monde que vous trouverez à Dubaï, car, je ne pense pas que vous trouverez une paroisse de 6000 enfants qui fréquentent l'école le dimanche ! C'est vraiment formidable comment les sœurs ont organisé ce programme et l'éducation est formidable... »

 

L'Église fait face à de nombreux défis dans cette région historique, connaissant un développement rapide. Cependant, tout au long de l'histoire, la foi a pris racine et a su à s'épanouir sur les terres les plus inattendues. Il y a beaucoup de raisons d'espérer et il ne fait aucun doute que l'Église continuera à grandir et prospérer au milieu du sable, de la roche, de la culture en constant changement de la péninsule arabique.

C'est dans ces états qu'il y a la plus grosse croissance de présence chrétienne
dans le monde, en raison des travailleurs émigrés.

En Arabie Saoudite, la famille royale est ouverte mais elle n'a pas le pouvoir, ce sont les musulmans intégristes qui l'ont.
Comme il n'y a pas d'église, certains catholiques passent la frontière du Bahrein pour assister à des offices religieux, mais pour la plupart, les messes sont clandestines et il faut prendre beaucoup de précautions : 3 voitures différentes, une pour les objets sacrés, une pour le prêtre... et ces messes sont célébrées dans des maisons avec deux portes, pour pouvoir s'enfuir...
Les émigrés français peuvent avoir la messe à l'ambassade car l'archiviste est un prêtre.

Il y a beaucoup de conversions de l'Islam vers la religion chrétienne malgré l'interdiction :
- Si la conversion est en famille, la famille doit quitter le pays.
- Si elle est individuelle, elle reste secrète, les gens n'en parlent pas.

Un immense merci à Loïc Bondu pour la richesse de cette rencontre.

Campagne de Carême 2017

En plus des projets mentionnés,
le 31 mars 2017, ce message est arrivé :

Une invitation à découvrir Mère Marie-Catherine Kingbo, fondatrice de la Congrégation des Servantes du Christ au Niger, qui vient de témoigner pendant une semaine (Nuits des Témoins) de son action dans une région où l'islamisme radical connaît une montée en puissance avec Boko Haram. Ainsi dans la nuit du 16 au 17 janvier 2015, en 4 heures, 80% des églises du pays ont été saccagées et brûlées à cause des caricatures dans Charlie Hebdo.
Cette Église est ultra-minoritaire (98% de musulmans au Niger), mais son action porte des fruits formidables. Un chef de village a un jour dit à Mère Kingbo : "S'il y avait 10 femmes comme vous, tout le Niger aurait changé !"

Elle y délivre un message aux bienfaiteurs de l'AED, et répond à quelques questions.Voir la vidéo ou lire son témoignage en cliquant sur sa photo.

 

Le 13 avril, un autre message à la veille du Vendredi Saint :

celui du Père Jacques Mourad pour les chrétiens de Syrie,
il a vécu un véritable Chemin de Croix dans les geôles de l'État islamique.

Extrait : « Dans ce temps de Carême, je vous demande de porter notre pays, la Syrie, et notre région, le Moyen-Orient, dans vos prières, afin que ce pays trouve bientôt la paix par votre intercession. Qu'il trouve le chemin de la réconciliation, qu'il permette une nouvelle espérance, une nouvelle résurrection pour le peuple syrien.
Je vous demande de prier pour toutes les victimes, tous les morts de cette guerre… Et je vous demande de consacrer les sacrifices que vous pratiquez pendant ce temps de Carême pour sauver des familles qui souffrent dans les camps de réfugiés, dans ce pays.
Ce message est l'occasion de vous remercier pour tout ce que vous avez déjà fait, en sachant que vous avez sauvé la vie de beaucoup de malades, qui ont subi des opérations, dont la vie a été sauvée grâce à votre aide. 
Beaucoup de familles qui n'ont plus rien, qui n'ont pas de logements, qui vivent grâce à vos aides.
Si je suis vivant aujourd'hui, c'est grâce à tout le bien qu'on a fait dans les années passées, avant ma captivité [son enlèvement par Daech pendant 5 mois en 2015]. Merci de m'avoir donné une nouvelle vie. »

Écouter son témoignage : comment sa foi l'a soutenu dans l'épreuve